En France, les hommes cadres de 35 ans ont 5,3 années de vie restantes de plus que les ouvriers, selon les tables de mortalité 2020–2022. Faut-il en conclure qu’un poste de cadre fait gagner cinq ans de vie ? Pas si vite. Nos calculs sur les décès de personnes en emploi en Espagne révèlent aussi un écart de mortalité très différent chez les hommes et chez les femmes. Les chiffres sont saisissants ; leur cause reste à démêler.

Imaginons en France deux groupes de 100 hommes âgés de 35 ans. Le premier rassemble des ouvriers ; le second, des cadres et des professions intellectuelles supérieures.

Si les taux de mortalité observés à chaque âge en France entre 2020 et 2022 restaient inchangés, environ 85 ouvriers sur 100 atteindraient 65 ans, contre 94 cadres et membres des professions intellectuelles supérieures.

France · 2020–2022 · comparaison hypothétique fondée sur des tables de mortalité

Sur 100 personnes âgées de 35 ans, combien atteindraient 65 ans ?

Plus la partie foncée est longue, plus le nombre de survivants est élevé. La partie terracotta représente les personnes qui n’atteindraient pas 65 ans si les taux de mortalité par âge restaient inchangés.

Hommes

Cadres et professions intellectuelles supérieures
94 sur 100atteindraient 65 ans
6 sur 100 n’atteindraient pas 65 ans
Ouvriers
85 sur 100atteindraient 65 ans
15 sur 100 n’atteindraient pas 65 ans
Écart entre les groupes : 9 personnes sur 100

Femmes

Cadres et professions intellectuelles supérieures
96 sur 100atteindraient 65 ans
4 sur 100 n’atteindraient pas 65 ans
Ouvriers
92 sur 100atteindraient 65 ans
8 sur 100 n’atteindraient pas 65 ans
Écart entre les groupes : 4 personnes sur 100
Atteindraient 65 ans N’atteindraient pas cet âge

Estimations conditionnelles arrondies, tirées de tables de mortalité du moment. Il ne s’agit pas du suivi réel de groupes de 100 personnes pendant 30 ans. La période englobe la pandémie de COVID-19 et une mortalité accrue. Source : INSEE.

Chez les hommes, l’écart de survie entre professions est de 9 personnes sur 100, contre 4 sur 100 chez les femmes. Pourquoi cette différence ? Ces tables de mortalité ne permettent pas d’en isoler les causes.

Suffirait-il à un ouvrier de devenir cadre demain pour vivre plus longtemps ? Les statistiques par profession ne permettent pas de trancher.

Notre analyse espagnole révèle un contraste frappant : un taux de mortalité presque doublé chez les hommes d’un groupe professionnel, contre une hausse d’environ 30 % chez les femmes de ce même groupe. Dans les données de 2022–2023 sur les personnes en emploi, le rapport des taux annuels de mortalité standardisés sur l’âge entre professions élémentaires et professions scientifiques ou intellectuelles atteignait 1,99 chez les hommes, mais 1,30 chez les femmes. Ce sont des écarts observés entre groupes, non des années de vie causées ou économisées par le métier.

Cinq ans d’écart. Mais que mesure-t-on vraiment ?

Les statisticiens français ont également estimé le nombre d’années qu’il resterait à vivre à une personne ayant déjà atteint 35 ans, si les taux de mortalité à chaque âge demeuraient ceux de 2020–2022.

Pour les hommes cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure, cette estimation était de 48,9 années supplémentaires. Pour les ouvriers, 43,6 années supplémentaires. Soit un écart de 5,3 ans. Chez les femmes des groupes correspondants, la différence était de 3,4 ans.

Le rapprochement le plus inattendu : à 35 ans, les ouvrières avaient 49,6 années de vie restantes dans ces tables, contre 48,9 pour les hommes cadres. Soit 0,7 année de plus, aux taux de mortalité observés en 2020–2022. On ne peut pas attribuer cet avantage statistique au travail ouvrier : cette comparaison entre groupes de sexes différents souligne pourquoi le seul intitulé du métier ne suffit pas à expliquer la longévité. Source : INSEE.

Attention au sens de ce chiffre : 48,9 années restant à vivre à 35 ans correspondent à un âge au décès d’environ 84 ans, et non à un décès à 49 ans. Ce chiffre ne prédit pas non plus l’âge auquel mourra une personne qui a 35 ans aujourd’hui.

L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publie aussi des données plus détaillées. Le graphique ci-dessous présente 15 catégories professionnelles chez les hommes et 12 chez les femmes, toutes visibles sans menu à dérouler. Chaque valeur indique le nombre d’années de vie restant à 35 ans. Plus le point se situe à droite, plus cette durée est longue. Les points clairs correspondent à la période prépandémique 2017–2019 ; les points foncés, à 2020–2022.

01 / France · toutes les catégories affichées

Combien d’années reste-t-il à vivre à 35 ans ?

À 35 ans, 48,9 années de vie restantes correspondent à un âge au décès d’environ 84 ans dans cette table de mortalité du moment, et non à un décès à 49 ans. Plus les valeurs et les points sont à droite, plus le nombre d’années de vie attendues est élevé.

2020–20222017–2019
France · années de vie restantes à 35 ans

Hommes

6,0 ansécart entre les valeurs extrêmes
40 ansPlus d’années →55 ans
Hauts fonctionnaires et professions intellectuelles ou artistiques
49,1 ans
Valeur la plus élevée du groupe2017–2019: 50,0
Cadres techniques
48,8 ans
0,3 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 49,4
Cadres d’entreprise et administratifs
48,4 ans
0,7 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 49,1
Instituteurs et enseignants de la formation professionnelle
48,1 ans
1,0 an de moins que le groupe de tête · comparer les deux groupes2017–2019: 48,6
Professions techniques supérieures
47,8 ans
1,3 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 47,6
Professions intermédiaires administratives et commerciales
46,9 ans
2,2 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 47,3
Agents de maîtrise de la production
46,7 ans
2,4 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 47,3
Artisans et ouvriers qualifiés
46,0 ans
3,1 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 46,7
Commerçants et professions assimilées
45,8 ans
3,3 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 47,0
Police, forces armées et sécurité privée
45,6 ans
3,5 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 45,4
Employés de la fonction publique
45,4 ans
3,7 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 46,2
Employés administratifs du secteur privé
45,2 ans
3,9 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 45,9
Conducteurs dans les transports
44,4 ans
4,7 ans de moins que le groupe de tête · comparer les deux groupes2017–2019: 45,0
Ouvriers qualifiés
43,9 ans
5,2 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 44,0
Ouvriers peu qualifiés
43,1 ans
6,0 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 43,2
France · années de vie restantes à 35 ans

Femmes

4,4 ansécart entre les valeurs extrêmes
40 ansPlus d’années →55 ans
Hauts fonctionnaires et professions intellectuelles ou artistiques
53,5 ans
Valeur la plus élevée du groupe2017–2019: 53,7
Instituteurs et enseignants de la formation professionnelle
52,7 ans
0,8 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 53,1
Professions intermédiaires administratives et commerciales
52,2 ans
1,3 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 52,5
Cadres d’entreprise et administratifs
52,0 ans
1,5 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 52,9
Professions intermédiaires de la santé et du travail social
51,9 ans
1,6 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 52,7
Employées du commerce de détail
51,7 ans
1,8 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 51,7
Employés de la fonction publique
51,6 ans
1,9 an de moins que le groupe de tête2017–2019: 51,4
Employés administratifs du secteur privé
51,4 ans
2,0 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 51,9
Commerçants et professions assimilées
51,2 ans
2,3 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 51,5
Employées des services à la personne
50,4 ans
3,1 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 50,8
Ouvriers qualifiés
50,1 ans
3,4 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 50,3
Ouvriers peu qualifiés
49,1 ans
4,4 ans de moins que le groupe de tête2017–2019: 49,3
À retenir : Chez les hommes, l’écart entre les enseignants du primaire ou de la formation professionnelle et les conducteurs de transport atteint environ 3,7 ans. Les ouvriers peu qualifiés figurent parmi les catégories ayant la durée de vie attendue la plus courte, chez les hommes comme chez les femmes. Ce sont des différences entre groupes, pas des estimations des années de vie perdues à cause d’un métier donné.

L’axe du graphique commence à 40, pas à zéro. Les valeurs sont données avec une décimale, mais un écart de quelques mois entre catégories voisines peut être instable. Les intervalles d’incertitude ne sont pas disponibles ici pour ces catégories détaillées. Source : INSEE.

Quelques rapprochements étonnent. Chez les hommes, les enseignants du primaire et de la formation professionnelle avaient en moyenne environ 48,1 années supplémentaires à vivre après 35 ans, contre les conducteurs des transports qui en avaient 44,4. Soit un écart de 3,7 ans, mais le graphique ne permet pas d’en expliquer la cause. Les ouvriers peu qualifiés sont proches du bas de l’échelle chez les hommes comme chez les femmes. Parmi ces catégories détaillées, l’écart entre la valeur la plus haute et la plus basse atteint environ 6,0 ans chez les hommes et 4,4 ans chez les femmes.

Il ne faut pas lire ces chiffres comme un classement au mois près. Les petites catégories professionnelles s’accompagnent d’une incertitude statistique ; une différence de quelques mois entre deux lignes voisines n’est pas nécessairement significative. Rien ne garantit non plus qu’une personne ait exercé le même métier toute sa carrière. Certaines statistiques retiennent sa dernière profession connue.

Le niveau d’études complique encore toute explication qui ne tiendrait compte que du métier. Dans les mêmes données françaises, les hommes ayant suivi des études supérieures avaient 8,0 années de vie attendue de plus après 35 ans que ceux dépourvus de diplôme (48,5 contre 40,5), soit davantage que l’écart de 5,3 ans entre professions. Études, revenus, santé pendant l’enfance et perspectives professionnelles se recoupent : on ne peut pas soustraire un écart à l’autre pour isoler l’effet du travail. Source : INSEE.

Écart selon le niveau d’études · hommes
8,0 ans

Études supérieures contre absence de diplôme

Écart selon la profession · hommes
5,3 ans

Cadres et professions intellectuelles supérieures contre ouvriers

France, 2020–2022. Écarts d’années de vie attendues après 35 ans (INSEE). Ces comparaisons se recoupent : on ne peut ni les soustraire l’une de l’autre ni les interpréter comme des effets causaux.

En Espagne, l’écart de mortalité varie nettement selon le sexe

Les chiffres français décrivent les années de vie restantes. Observerait-on aussi des écarts entre professions en examinant plutôt les décès parmi les personnes en emploi?

Pour le savoir, nous avons analysé deux jeux de données publiques de l’Institut national de la statistique espagnol (INE). L’un recense les décès ; l’autre, les personnes en emploi selon leur profession, leur sexe et leur âge. La catégorie professionnelle reflète les informations disponibles au début de l’année, pas l’ensemble d’une carrière. Nous avons comparé neuf groupes de métiers parmi les personnes en emploi de 35 à 64 ans en 2022–2023, après avoir corrigé les différences de structure par âge.

Chez les hommes espagnols âgés de 35 à 64 ans, le taux annuel de mortalité standardisé sur l’âge était de 101,6 pour 100 000 dans les professions scientifiques et intellectuelles, contre 201,7 dans les professions élémentaires. Chez les femmes, les taux correspondants étaient de 60,4 et 78,6. Professions élémentaires est la dénomination espagnole des emplois surtout routiniers et peu qualifiés ; elle ne désigne pas les enseignants du primaire. D’autres groupes professionnels féminins affichaient des taux plus élevés, ce qui interdit de transformer ce seul contraste en classement général des métiers.

Les intervalles de confiance approximatifs à 95 % des rapports de taux corrigés de l’âge étaient de 1,88–2,10 chez les hommes et 1,22–1,39 chez les femmes. Un test fondé sur un modèle de Poisson donne p < 0,001 pour la différence entre les rapports. Cette valeur p porte uniquement sur les fluctuations aléatoires envisagées par ce modèle : elle ne couvre ni les erreurs de classement des professions, ni la sélection des personnes encore en emploi, ni les différences non mesurées de formation, de revenus ou de santé antérieure.

La même tendance apparaît lorsqu’on examine chaque année séparément : le rapport entre le taux de mortalité des professions élémentaires et celui des professions scientifiques ou intellectuelles était de 2,07 chez les hommes et de 1,44 chez les femmes en 2022, contre 1,90 et 1,18 en 2023. L’ampleur de l’écart varie, surtout chez les femmes. Il s’agit de tests de sensibilité, non de preuves d’un effet causal stable. Les données annuelles et le code figurent dans les fichiers de reproductibilité.

02 / Espagne · 2022–2023 · tous les groupes affichés

Quelle différence entre les taux de mortalité annuels ?

Pour 100 000 personnes en emploi âgées de 35 à 64 ans, après correction des différences d’âge. La colonne « Écart » indique de combien le taux annuel standardisé sur l’âge était supérieur à celui des professions scientifiques et intellectuelles du même sexe.

102décès pour 100 000 personnes en emploi par an
Professions scientifiques et intellectuelles
202décès pour 100 000 personnes en emploi par an
Personnes exerçant une profession élémentaire
Chez les hommes, l’écart représente environ 100 décès par an pour 100 000 personnes en emploi.
Espagne · personnes en emploi de 35 à 64 ans

Hommes

102décès pour 100 000 dans les professions intellectuelles
Professions élémentaires par rapport aux professions intellectuelles+100
Groupe professionnelDécèsÉcart
Professions scientifiques et intellectuelles
102
Référence
Cadres
121
+19
décès
Techniciens et professions intermédiaires
132
+30
décès
Employés de bureau et personnels administratifs
140
+38
décès
Artisans et ouvriers du bâtiment
161
+60
décès
Conducteurs d’installations et de machines
171
+70
décès
Personnel des services et de la vente
173
+71
décès
Ouvriers qualifiés de l’agriculture
189
+87
décès
Personnes exerçant une profession élémentaire
202
+100
décès
Espagne · personnes en emploi de 35 à 64 ans

Femmes

60,4décès pour 100 000 dans les professions intellectuelles
Professions élémentaires par rapport aux professions intellectuelles+18,2
Groupe professionnelDécèsÉcart
Professions scientifiques et intellectuelles
60,4
Référence
Techniciens et professions intermédiaires
66,5
+6,1
décès
Employés de bureau et personnels administratifs
68,1
+7,7
décès
Artisans et ouvriers du bâtiment
69,5
+9,1
décès
Cadres
69,7
+9,3
décès
Ouvriers qualifiés de l’agriculture
70,6
+10,2
décès
Personnel des services et de la vente
73,8
+13,4
décès
Personnes exerçant une profession élémentaire
78,6
+18,2
décès
Conducteurs d’installations et de machines
83,9
+23,5
décès

Sur le graphique des hommes, par exemple, 202 contre 102 représente un écart de taux standardisés sur l’âge d’environ 100 décès par an pour 100 000 personnes en emploi. Ce n’est pas un décompte de décès dont on aurait démontré qu’ils étaient causés par le travail. Les chiffres sont arrondis ; les résultats complets et les intervalles d’incertitude approximatifs figurent dans le fichier Excel de l’analyse. Sources et calculs de Mike’s Balance : INE, décès et emploi.

Consulter les données espagnoles et les méthodes18 groupes professionnels · intervalles d’incertitude · Excel, CSV et code

Télécharger les données et le code des calculs

L’archive ZIP contient les calculs par âge, un classeur Excel de comparaison, des vérifications de sensibilité année par année, les scripts d’analyse d’origine ainsi que des scripts autonomes vérifiant l’interaction avec le sexe et les résultats annuels. Pour refaire les calculs depuis le début, téléchargez les volumineux CSV sources directement sur le site de l’INE à l’aide des liens ci-dessous. Ces fichiers sources ne sont pas redistribués dans l’archive.

Principaux résultats par groupe professionnel

Tous les chiffres représentent des décès annuels standardisés sur l’âge pour 100 000 personnes en emploi, à partir d’une même répartition de référence des âges entre 35 et 64 ans. Les intervalles d’incertitude approximatifs à 95 % reflètent le nombre de décès recensés ; ils ne prennent pas en compte les erreurs de classification ni les différences non mesurées entre groupes. Les taux sont affichés avec une décimale.

CodeProfessionTauxIC approximatif à 95 %Décès
Hommes
1Cadres120,9113,9–127,91 297
2Professions scientifiques et intellectuelles101,697,4–105,72 301
3Techniciens et professions intermédiaires131,7126,2–137,12 223
4Employés de bureau et personnels administratifs139,9132,3–147,51 315
5Personnel des services et de la vente172,8167,5–178,14 117
6Ouvriers qualifiés de l’agriculture188,7176,2–201,2918
7Artisans et ouvriers du bâtiment161,1156,3–165,94 351
8Conducteurs d’installations et de machines171,1165,0–177,32 974
9Professions élémentaires201,7194,5–208,83 098
Femmes
1Cadres69,761,7–77,7302
2Professions scientifiques et intellectuelles60,457,7–63,21 827
3Techniciens et professions intermédiaires66,561,7–71,2749
4Employés de bureau et personnels administratifs68,164,2–72,01 211
5Personnel des services et de la vente73,870,8–76,72 447
6Ouvriers qualifiés de l’agriculture70,658,9–82,2165
7Artisans et ouvriers du bâtiment69,561,0–78,1254
8Conducteurs d’installations et de machines83,971,8–95,9187
9Professions élémentaires78,675,0–82,21 902

Pourquoi cette comparaison ne mesure pas l’effet d’un changement de métier

Le fichier des décès classe les professions selon les données administratives disponibles au début de l’année. Les personnes qui quittent l’emploi, changent de profession ou dont le métier n’est pas renseigné ne sont pas représentées de la même façon que celles qui restent en activité. Les estimations ne sont pas corrigées du niveau d’études, du revenu, de l’état de santé antérieur à l’emploi ni d’autres facteurs de confusion possibles. Ces taux calculés ne sont pas des probabilités individuelles de mourir l’année suivante.

Sources exactes et méthode de calcul

Le numérateur correspond au nombre de décès recensés dans la table 32458 de l’INE. Le dénominateur est le nombre de personnes en emploi au début de chaque année, issu de la table 69961. Les neuf codes professionnels sont appariés entre les deux tables puis répartis par sexe et par tranches d’âge de cinq ans. Nous additionnons les décès de 2022 et de 2023 ainsi que les effectifs relevés au début de chacune de ces années ; les taux sont multipliés par 100 000 puis directement standardisés selon la répartition par âge de l’ensemble des personnes en emploi. Les intervalles approximatifs reposent sur l’incertitude des nombres de décès dans un modèle de Poisson. Le classeur Excel complet détaille la contribution de chaque tranche d’âge.

Test statistique de la différence entre hommes et femmes. À partir des intervalles approximatifs à 95 % fondés sur un modèle de Poisson pour les décès et fournis pour chaque taux standardisé dans le CSV joint, nous avons estimé l’erreur type de chaque taux par (borne supérieure − borne inférieure)/(2 × 1,96), puis utilisé la méthode delta sur l’échelle logarithmique pour comparer les logarithmes des rapports de taux. En supposant les nombres de décès indépendants et les poids de standardisation par âge fixes, le rapport des taux chez les hommes est de 1,99 (IC approximatif à 95 % : 1,88–2,10), celui des femmes de 1,30 (1,22–1,39) et le rapport entre ces deux rapports de 1,53 (1,40–1,66 ; p bilatéral < 0,001). Dans ce cadre de modélisation, la différence observée dépasse la variabilité aléatoire estimée des décès. Le calcul ne permet toutefois ni de vérifier d’éventuels biais dans l’enregistrement des professions ou des situations d’emploi ni d’attribuer causalement la mortalité à un métier. Ces intervalles sont dérivés des taux publiés ; ils ne constituent pas une réplication indépendante des calculs d’origine.

Analyse de sensibilité, année par année. Le classeur Excel d’origine donne les rapports suivants entre taux de mortalité standardisés sur l’âge des professions élémentaires et des professions intellectuelles : en 2021, 1,77 (hommes) et 1,38 (femmes) ; en 2022, 2,07 et 1,44 ; en 2023, 1,90 et 1,18. Le sens de l’écart est identique pour chaque sexe sur les trois années, mais son ampleur varie. L’année 2021 sert uniquement de vérification complémentaire et n’entre pas dans l’estimation principale regroupant 2022–2023. Les scripts nécessaires pour reproduire ces contrôles sont inclus dans le ZIP.

Éditeur : Mike’s Balance. Version : 1.2, 12 octobre 2026 (mise à jour éditoriale, des estimations d’incertitude et des vérifications de sensibilité annuelles ; les calculs originaux de 2022–2023 sont inchangés). Pour reproduire les résultats dérivés, indiquer : « Calculs de Mike’s Balance à partir des tables INE 32458 et 69961 (2022–2023) ». Les données statistiques publiques d’origine restent créditées à l’INE.

Attention à l’échelle. Un taux annuel standardisé sur l’âge de 202 décès pour 100 000 personnes en emploi correspond à environ 0,2 % en valeur de taux, et non à deux décès pour 100 personnes. Par rapport à 102 pour 100 000, l’écart observé atteint environ 100 décès pour 100 000 personnes en emploi et par an. Ces taux de population ne sont ni des prédictions individuelles ni des estimations d’années de vie perdues.

Les chiffres français et espagnols ne sont pas directement comparables. La France décrit l’espérance de vie dans de grands groupes socioprofessionnels, parfois à partir de la dernière profession enregistrée. L’Espagne calcule la mortalité annuelle de personnes en emploi au début de l’année. Ce sont deux regards sur les inégalités entre professions, pas deux estimations du même effet causal.

Comment le travail peut-il agir sur la santé ?

Imaginons deux personnes au début de leur vie professionnelle. L’une poursuit des études supérieures et décroche un poste bien rémunéré dans un bureau relativement sûr. L’autre commence à travailler à la sortie de l’école et passe des décennies à l’usine. À 60 ans, leur santé pourrait différer pour des raisons bien antérieures à leur premier jour de travail.

Le milieu dans lequel on grandit, les revenus, l’accès aux soins et les habitudes de santé ont tous leur importance. Les données françaises sur les diplômes montrent à quel point situation sociale et santé sont liées. Mais la relation fonctionne aussi en sens inverse : la santé détermine en partie qui accède à un emploi et qui peut le conserver. Une personne atteinte d’une maladie chronique peut quitter plus tôt un métier physiquement éprouvant. Ceux qui continuent à l’exercer peuvent donc être, en moyenne, en meilleure santé que ceux qui l’ont quitté. C’est ce que les chercheurs appellent l’effet du travailleur sain. Un problème de sélection comparable apparaît dans les études sur les sportifs de haut niveau: leur mortalité observée plus faible ne permet pas de séparer l’effet de l’entraînement des caractéristiques des personnes qui atteignent le sport d’élite.

Cela ne signifie pas que les risques professionnels soient imaginaires. Pour certaines expositions, les preuves sont bien plus solides que ce que peut apporter un classement des métiers.

Amiante. Inhaler des fibres d’amiante peut provoquer un mésothéliome ou un cancer du poumon. La question n’est pas seulement de savoir si quelqu’un est « ouvrier du bâtiment », mais s’il est exposé à l’amiante, à quelle dose et avec quelle protection.

Semaines de travail excessivement longues. Des analyses de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Organisation internationale du travail associent des semaines de 55 heures ou plus à un risque relatif d’accident vasculaire cérébral supérieur d’environ 35 % à celui observé pour des semaines de 35 à 40 heures. Ce chiffre concerne le risque d’un événement médical précis ; il ne signifie pas que travailler beaucoup raccourcit la vie de 35 %.

Carrières pénibles et années de vie en bonne santé. Une étude européenne a estimé l’espérance de vie restante à partir de 50 ans. Plutôt que de mesurer directement les conditions de travail de chaque personne, les chercheurs ont utilisé les descriptions des professions de la base américaine O*NET pour reconstituer les caractéristiques des carrières passées en Europe. Leur modèle estimait pour les personnes ayant exercé les métiers les plus pénibles environ quatre années de vie restantes de moins que pour celles ayant eu les carrières les moins pénibles. L’écart estimé pour les années vécues dans un état de santé déclaré « très bon » était d’environ sept ans chez les hommes et neuf ans chez les femmes.

Ce dernier résultat mérite une précision. Dans le modèle, seules les réponses « excellente » ou « très bonne » étaient considérées comme un état de santé favorable. Même la réponse « bonne » appartenait à l’autre catégorie. Il s’agit d’années attendues estimées par un modèle, et non d’années de bonne santé observées individuellement. Ces neuf ans ne signifient donc pas neuf années supplémentaires avec une maladie ou un handicap diagnostiqué. L’étude ne montre pas non plus qu’un changement de métier donnerait à une personne neuf années de bonne santé de plus.

Au-delà de l’intitulé du métier

Derrière un même métier peuvent se cacher des vies professionnelles très différentes. Un conducteur a des horaires prévisibles et dort suffisamment. Un autre passe des heures excessives au volant et se sent rarement reposé. Deux personnes travaillant dans le bâtiment peuvent aussi être exposées à des quantités très différentes de poussières dangereuses.

Pour évaluer les risques de son propre travail, mieux vaut poser des questions concrètes : y a-t-il des substances dangereuses et les protections sont-elles efficaces ? Combien d’heures travaille-t-on réellement ? Peut-on agir sur ses horaires ? Dispose-t-on d’assez de temps pour récupérer entre deux services ?

L’écart de mortalité est réel et mesurable. Mais le nom d’un métier n’en révèle pas la cause. Les statistiques nationales identifient les groupes professionnels où la mortalité est la plus élevée, mais elles ne disent pas combien d’années de vie le travail lui-même a retirées. Deux personnes exerçant la même profession peuvent avoir des risques, des horaires et des possibilités de récupération très différents.

Cette distinction change la question à se poser. Plutôt que de demander « Quel métier me fera gagner cinq ans de vie ? », mieux vaut demander « Quelles expositions et quelles conditions de travail peut-on modifier ? » Réduire les poussières dangereuses ou les horaires épuisants pourrait protéger la santé sans que personne ait besoin de changer d’intitulé de poste. Un classement décrit les inégalités. Repérer les risques évitables ouvre une voie plus concrète pour préserver la santé et, peut-être, vivre plus longtemps.


Sources et méthodes

  1. INSEE : espérance de vie par catégorie socioprofessionnelle; INSEE : différences entre cadres et ouvriers; tables de mortalité détaillées. La période 2020–2022 comprend la pandémie de COVID-19. Les tables de mortalité du moment indiquent ce qui se produirait si les taux observés à chaque âge restaient constants. Elles ne prédisent pas l’avenir d’une personne donnée.
  2. INE : décès selon la profession, le sexe et l’âge et effectifs des personnes en emploi. Calculs de Mike’s Balance : personnes en emploi de 35 à 64 ans, en 2022–2023 ; standardisation directe selon des tranches d’âge de cinq ans, à partir de la distribution par âge commune de la population employée. Les décès concernent les personnes classées comme employées au début de chaque année ; le dénominateur correspond aux effectifs à cette même date. La profession peut changer pendant l’année et certains décès n’ont pas de profession identifiable. Les estimations ne sont pas ajustées pour le niveau d’études, le revenu ou l’état de santé antérieur. L’incertitude statistique approximative ne comprend pas les éventuelles erreurs administratives.
  3. OMS : amiante; OMS/OIT : horaires de travail prolongés.
  4. Vandenberghe, Career Arduousness and (Healthy) Life Expectancy in Europe, publié en ligne en 2025 dans un numéro de revue daté de 2026. Cette étude observationnelle exploite les parcours professionnels de SHARE et les descriptions des métiers de la base américaine O*NET. Les estimations n’établissent pas de lien causal.
  5. Vinni et Hakama : effet du travailleur sain.