Au kilo, les épinards crus contiennent cinq fois plus de cadmium que les pommes de terre au four. Mais dès qu’on compare les portions effectivement consommées, l’ordre s’inverse. Nous avons aussi tenté un classement par pays. Nous y avons renoncé : les comparaisons disponibles étaient trop limitées.
À première vue, les analyses officielles américaines placent les épinards crus en tête : environ 228 µg de cadmium par kilogramme contre 45 µg/kg pour les pommes de terre au four avec la peau. Mais peu de gens mangent un kilogramme de l’un ou de l’autre.
Dans les enquêtes alimentaires américaines, les portions médianes observées les jours de consommation étaient de 25 g d’épinards et 285 g de pommes de terre. Multipliez la concentration moyenne mesurée en laboratoire par la portion correspondante : le classement s’inverse, 5,7 µg pour les épinards contre 12,9 µg pour les pommes de terre.
Ce n’est que le premier piège. Une même quantité d’arsenic total ne se lit pas de la même manière dans le saumon et dans le riz. La mention « non détecté » peut en dire autant sur l’instrument de mesure que sur l’aliment. Notre tentative de classement des pays s’est heurtée à un obstacle : les aliments directement comparables ne représentaient qu’environ 11 % de la masse consommée dans un sous-échantillon néerlandais d’adultes et 12 % dans le sous-échantillon danois.
Explorer l’Atlas des contaminants alimentaires · comparer 165 aliments par portion
Une pomme de terre, deux réponses
Pour refaire ce calcul, nous avons croisé les mesures de la FDA de 2018 à 2022 avec les portions médianes déclarées dans l’enquête américaine NHANES, pour les jours où les adultes interrogés avaient consommé ces aliments. Les portions proviennent de groupes de personnes différents, et non du régime quotidien d’une même personne. Elles reflètent des habitudes observées aux États-Unis : ce ne sont pas des portions de référence pour la France, la Belgique, la Suisse ou le Canada.
La façon de préparer les aliments compte aussi : nous comparons ici des épinards crus à une pomme de terre au four avec la peau. La cuisson et la perte d’eau modifient le poids comme la concentration. Pour une concentration massique, 1 µg/kg équivaut à une partie par milliard (ppb).
Selon la concentration en laboratoire, les épinards sont en tête. Selon la portion réellement consommée, ce sont les pommes de terre.
ENVIRON UNE POIGNÉE
ENVIRON UNE GROSSE POMME DE TERRE
Pour construire l’Atlas des contaminants alimentaires , nous avons associé les mesures de la FDA et des programmes européens de surveillance aux portions observées aux États-Unis. Le jeu de données comprend 943 entrées alimentaires et 9 248 profils dérivés aliment–analyte. L’explorateur compare 165 aliments disposant de portions correspondantes ; les autres figurent dans les données téléchargeables. Nous n’avons réalisé aucune nouvelle analyse en laboratoire.
Voir le détail des calculs pour huit aliments (au kilo et par portion)
| Aliment | Portion médiane observée chez les adultes américains qui en ont consommé | Cadmium moyen (µg/kg) | Cadmium estimé dans cette portion (µg) |
|---|---|---|---|
| Pomme de terre au four, avec la peau | 285 g | 45 | 13 |
| Frites de restauration rapide | 110 g | 60 | 6,6 |
| Épinards crus | 25 g | 230 | 5,7 |
| Brocoli bouilli | 155 g (≈ 1 tasse américaine) | 17 | 2,7 |
| Pain complet tranché | 66 g | 30 | 2 |
| Riz complet cuit | 147 g | 8,4 | 1,2 |
| Riz blanc cuit | 158 g (≈ 1 tasse américaine) | 7,7 | 1,2 |
| Fraises | 72 g | 10 | 0,73 |
Source : FDA Total Diet Study 2018–2022 (selon l’aliment et l’analyte, ce jeu de données compte de 1 à 44 résultats de laboratoire de la FDA) × rappels alimentaires NHANES 2021–2023 (portions médianes pondérées les jours de consommation ; épinards n = 106, pommes de terre n = 34). Valeurs arrondies à deux chiffres significatifs.
Cadmium par portion : les 20 aliments en tête du classement
Parmi les 165 aliments américains dotés de données appariées, la pomme de terre au four arrive en tête. À la deuxième place, une surprise : 23 g seulement de graines de tournesol grillées, pour environ 8,08 µg de cadmium estimé. Mais cette estimation repose sur seulement cinq résultats de laboratoire de la FDA et sur la portion médiane de 11 participants à NHANES. Son rang exact reste donc incertain. Les épinards crus ne sont que quatrièmes, malgré une concentration de cadmium environ cinq fois supérieure à celle des pommes de terre.
| # | Aliment analysé | Portion | Cadmium | FDA n | NHANES n |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Pomme de terre au four, avec la peau | 285 g | 12,88 µg | 44 | 34 |
| 2 | Graines de tournesol décortiquées, salées, grillées | 23 g | 8,08 µg | 5 | 11 |
| 3 | Frites de restauration rapide | 110 g | 6,56 µg | 44 | 289 |
| 4 | Épinards crus | 25 g | 5,71 µg | 44 | 106 |
| 5 | Chou cavalier (variété de chou-feuille), frais/surgelé, bouilli | 113,75 g | 3,61 µg | 44 | 9 |
Afficher les 15 autres aliments (rangs 6 à 20)
| # | Aliment analysé | Portion | Cadmium | FDA n | NHANES n |
|---|---|---|---|---|---|
| 6 | Soupe de tomates concentrée en conserve, préparée avec de l’eau | 367,5 g | 3,43 µg | 5 | 26 |
| 7 | Chips de pomme de terre | 28 g | 3,37 µg | 5 | 264 |
| 8 | Jus de tomate et de légumes | 248 g | 2,97 µg | 5 | 39 |
| 9 | Thon au naturel en conserve, égoutté | 113,4 g | 2,82 µg | 5 | 55 |
| 10 | Burger végétarien | 160 g | 2,70 µg | 5 | 31 |
| 11 | Chili con carne aux haricots, en conserve | 453,6 g | 2,69 µg | 5 | 28 |
| 12 | Soupe de nouilles ramen, préparée avec de l’eau | 440 g | 2,68 µg | 5 | 64 |
| 13 | Brocoli frais/surgelé, bouilli | 155 g | 2,66 µg | 44 | 70 |
| 14 | Quinoa cuit | 170 g | 2,55 µg | 5 | 12 |
| 15 | Céréales au son et aux raisins secs | 60 g | 2,44 µg | 5 | 94 |
| 16 | Cacao en poudre | 5 g | 2,11 µg | 3 | 9 |
| 17 | Pain complet de blé, tranché | 66 g | 1,99 µg | 44 | 155 |
| 18 | Asperges fraîches/surgelées, bouillies | 112 g | 1,92* µg | 44 | 26 |
| 19 | Cacahuètes grillées à sec, salées | 42,53 g | 1,89 µg | 5 | 132 |
| 20 | Biscuits aux pépites de chocolat | 40 g | 1,82 µg | 5 | 256 |
Comment lire ces chiffres : Le cadmium est indiqué en µg par portion modélisée. « FDA n » désigne le nombre de résultats de laboratoire et « NHANES n » celui des personnes ayant servi à estimer la portion consommée. Les effectifs sont inégaux et le classement n’a pas fait l’objet d’un test statistique. L’astérisque (*) indique que l’estimation supérieure comprend des valeurs substituées aux résultats non détectés.
Méthode : Concentration moyenne FDA Total Diet Study 2018–2022 × portion médiane des adultes NHANES les jours de consommation (g) / 1 000 ; classement selon la quantité modélisée supérieure. Seules les mesures américaines sont utilisées ici.
Pourquoi aucun classement des 20 premiers pour le plomb ou l’arsenic inorganique ? Pour le plomb, 157 des 165 aliments appariés comportent des intervalles liés au remplacement de valeurs non détectées : leur classement serait instable. Pour l’arsenic inorganique, seuls trois aliments appariés disposent de mesures. Un classement à vingt places donnerait une fausse impression de précision.
Trois conseils concrets
- Si le riz est un aliment de base chez vous, changez sa cuisson. La FDA indique qu’une cuisson dans 6 à 10 volumes d’eau pour un volume de riz, suivie d’un égouttage, peut réduire l’arsenic inorganique d’environ 40 à 60 %. Mais elle élimine aussi une partie du fer et des vitamines B ajoutés au riz enrichi.
- Choisissez le poisson selon l’espèce. Les recommandations sur le mercure varient selon le pays, notamment pour les enfants et pendant la grossesse. Consultez celles de votre autorité sanitaire : Anses en France, SPF Santé publique en Belgique, OSAV en Suisse ou Santé Canada au Canada. Dans les autres pays, référez-vous aux recommandations locales. Ces mesures ne justifient pas de renoncer à tout poisson.
- Variez vos aliments de base. Pommes de terre, céréales, pain et légumes contribuent à l’exposition cumulée : portions et fréquence de consommation s’additionnent. Remplacer un seul aliment ne réduit pas nécessairement l’exposition. Mieux vaut conserver une alimentation variée.
Pourquoi le classement s’inverse
Choisissez deux aliments pour convertir leurs concentrations mesurées en laboratoire en quantités correspondant aux portions observées. Cette comparaison couvre 165 aliments avec des données de portions exploitables. Les 778 autres entrées analysées restent dans le jeu de données téléchargeable, mais ne permettent pas de comparaison pertinente par portion.
Cette liste ne contient que les aliments pour lesquels des portions ont été observées chez des adultes. Par exemple, BF signifie « alimentation pour bébés » (baby food). Aucun équivalent de portion adulte n’existe pour ces analyses ; elles restent accessibles dans les données complètes à télécharger.
Bleu = premier aliment. Violet = deuxième. Comparez ci-dessous les quantités mesurées pour chaque substance.
Comment lire la comparaison
Les barres grises signifient que les rapports modélisés restent sous notre seuil éditorial de 1,5 fois ; elles ne signifient pas que les quantités sont identiques. Lorsque la comparaison est incertaine, les deux intervalles sont affichés. Si un seul aliment a été mesuré, il apparaît sans classement. Chaque substance possède sa propre échelle.
Comment interpréter le seuil de 1,5 fois ?
Notre seuil de 1,5 fois est une convention éditoriale, et non un test de significativité statistique. Une quantité modélisée n’est déclarée supérieure que si son estimation basse, après traitement des non-détections, atteint au moins 1,5 fois l’estimation haute de l’autre aliment. Deux valeurs ne sont dites proches que si tous les rapports compatibles avec les bornes restent sous 1,5. Dans les autres cas, nous montrons les intervalles sans classement. La variabilité entre échantillons, la cuisson et la fréquence habituelle de consommation ne sont pas prises en compte.
Autres éléments, nutriments et formes chimiques
Mesures brutes, échantillons, pesticides et radionucléides
Les deux listes de sources défilent indépendamment. Il s’agit de résultats d’analyses publiés, pas de produits commerciaux distincts.Choisissez un aliment pour examiner ses résultats de laboratoire.
Aliment A
Aliment B
Dans les portions observées : 12,9 µg de cadmium pour la pomme de terre au four contre 5,7 µg pour les épinards crus. Les épinards ont pourtant une concentration supérieure par kilogramme. Ce n’est pas un classement nutritionnel.
Environ 47,5 µg d’arsenic total dans 140 g de saumon au four contre 8,0 µg dans 158 g de riz blanc cuit. Comparer l’arsenic total ne permet pas de comparer le risque lié à l’arsenic inorganique.
Environ 10,3 µg d’arsenic total dans 147 g de riz complet contre 8,0 µg dans 158 g de riz blanc. Cette comparaison ne tient compte ni des autres nutriments ni des différentes formes chimiques de l’arsenic.
Sources : FDA TDS 2018–2022 ; BfR MEAL ; surveillance EFSA (Danemark/Pays-Bas) ; portions médianes NHANES 2021–2023. D’autres éléments mesurés par la FDA, les détections de pesticides et l’activité des radionucléides figurent dans les sections dépliables. Il s’agit de données de surveillance historiques et de scénarios de portions, pas d’un contrôle réglementaire ni d’une évaluation médicale individuelle.
Parcourez 165 aliments dont les portions consommées sont connues. Les 778 autres, dépourvus d’estimations de portions comparables, restent dans les données téléchargeables. Les résultats des programmes de surveillance de chaque pays restent distincts ; « non détecté » ne signifie pas zéro.
Le piège du mot « arsenic »
Reste à savoir de quel composé chimique il s’agit. Pour l’arsenic, cette précision peut compter davantage que la quantité mesurée.
Pour l’arsenic total, nos calculs donnent environ 47,5 microgrammes dans 140 g de saumon au four (soit environ 5 onces), contre 8,0 microgrammes dans 158 g de riz blanc cuit et 10,3 microgrammes dans 147 g de riz complet.
Le poisson et le riz ne contiennent pas l’arsenic sous les mêmes formes chimiques. L’arsenic inorganique, mesuré dans certains échantillons de riz, suscite davantage de préoccupations toxicologiques que nombre de formes organiques courantes présentes dans le poisson. Nos échantillons de riz blanc suggèrent environ 8,3 µg dans une portion modélisée de 158 g , mais cette estimation repose sur seulement six échantillons composites sélectionnés.
Comment l’arsenic et le mercure ont été mesurés · sources, échantillons et références EFSA
Dans les produits de la mer, l’arsenic se trouve souvent sous forme d’arsénobétaïne. Mais les poissons marins peuvent également contenir des arsénolipides et d’autres composés organiques de l’arsenic , dont les propriétés toxicologiques varient et ne sont pas toujours entièrement élucidées. Le riz peut, entre autres, contenir de l’arsenic inorganique. L’arsenic total ne mesure pas une toxicité équivalente. Nous n’avons pas de mesure correspondante d’arsenic inorganique pour le saumon au four. Nous ne pouvons donc pas classer ces deux aliments pour cette exposition spécifique.
L’Atlas de la FDA comporte toutefois des mesures ciblées d’arsenic inorganique dans le riz. Six échantillons composites sélectionnés de riz blanc présentent une concentration moyenne d’environ 52 µg/kg d’arsenic inorganique , soit 8,3 µg dans une portion modélisée de 158 g. En revanche, la moyenne de l’arsenic total dans 44 autres échantillons composites était d’environ 50 µg/kg , soit 8,0 µg par portion. Il s’agissait de groupes d’échantillons distincts et sélectionnés. Si la moyenne de l’arsenic inorganique est légèrement supérieure, il n’y a pas de contradiction chimique : ce ne sont pas des mesures appariées que l’on pourrait soustraire. La FDA réalise une analyse des différentes formes de l’arsenic sur certains produits à base de riz. Six échantillons sont informatifs, mais ne représentent pas une estimation nationale de l’exposition.
UN CHIFFRE SUR L’ARSENIC QUI MÉRITE DES EXPLICATIONS
Dans son évaluation des risques de 2024 , l’EFSA a retenu pour l’arsenic inorganique la valeur de référence BMDL05 de 0,06 µg/kg de poids corporel par jour. Pour une personne de 70 kg, cela correspond à 4,2 µg par jour. Nos six analyses sélectionnées de riz donnent environ 8,3 µg pour une portion de 158 g. Le rapprochement frappe, mais il ne prouve pas qu’une portion ordinaire de riz blanc dépasse une limite de sécurité. Une BMDL n’est pas une dose sans risque. Et ces six échantillons ne constituent pas un échantillon aléatoire représentatif du riz.
La FDA détermine de façon ciblée les différentes formes de l’arsenic dans certains aliments lorsque l’arsenic total dépasse une concentration définie. Cette présélection peut tirer la moyenne observée vers le haut. Sans échantillons précisément appariés ni données représentatives sur les différentes formes chimiques, les six résultats ne permettent pas de calculer une marge d’exposition (MOE) pour un consommateur typique. L’EFSA n’a fixé aucun seuil unique de MOE en dessous duquel l’inquiétude serait considérée comme faible pour cette référence liée au cancer.
Un conseil pratique ne nécessite pourtant aucun score de risque personnalisé : la FDA recommandede cuire le riz dans une grande quantité d’eau, à raison d’environ 6 à 10 volumes d’eau pour un volume de riz, puis de l’égoutter. Selon le riz, cette méthode peut réduire l’arsenic inorganique d’environ 40 à 60 % . Mais le compromis est réel : jusqu’à 50 à 70 % d’une partie du fer et des vitamines B ajoutés au riz enrichi peuvent aussi être perdus. Un simple rinçage avant la cuisson a un effet bien moindre sur l’arsenic. Varier les céréales reste judicieux, surtout pour les enfants.
Ne confondons pas non plus le cas du saumon avec le mercure. Dans le même jeu de données FDA, le saumon au four contenait en moyenne environ 20 microgrammes de mercure total par kilogramme, soit 2,8 microgrammes dans une portion de 140 g. L’exposition au mercure présent dans le poisson dépend fortement de l’espèce et surtout de la teneur en méthylmercure. La FDA et l’EPA publient des recommandations par espèce, notamment pour les femmes enceintes et les enfants. Le saumon fait partie des poissons relativement pauvres en mercure.
Parfois, « zéro » veut simplement dire « non mesurable »
Sur les 5 225 résultats de la FDA analysés pour chacune des substances en 2018–2022, environ 86 % des mesures de plomb et 92 % des mesures de mercure étaient inférieures à la limite de déclaration du laboratoire. Cela ne prouve aucunement l’absence de ces éléments dans les aliments.
Un résultat sous la limite de détection peut correspondre à une concentration minuscule, à une absence réelle ou à une méthode incapable de distinguer les deux. Assimiler tous ces résultats à zéro peut donner l’impression qu’un aliment est exceptionnellement peu contaminé. Remplacer systématiquement les valeurs par la limite de déclaration risque au contraire de surestimer la moyenne.
Les mesures du chrome dans les pommes de terre au four illustrent le problème : seuls 2 échantillons sur 44 présentaient des quantités détectables. Selon le traitement des valeurs non détectées, l’estimation pour une portion de 285 g varie entre 0,80 et 14 µg. Il s’agit d’une plage d’incertitude de calcul, pas de la variation entre pommes de terre individuelles.
Pourquoi les résultats de laboratoire divergent · limites de détection, échantillons composites et dispersion
Prenons le chrome dans une pomme de terre au four avec la peau. Pour 44 résultats d’échantillons composites de la FDA , le traitement différent des concentrations non détectées conduit à des concentrations moyennes comprises entre 2,8 et 51 µg/kg, soit une amplitude d’environ dix-huit fois. Seuls 2 échantillons sur 44 présentaient du chrome détectable. Dans une portion de 285 g, les quantités modélisées vont donc de 0,80 à 14 µg. L’écart vient de la manière de traiter les résultats sous la limite de déclaration, non de la dispersion observée entre pommes de terre individuelles.
Ce sont des valeurs de substitution formant des bornes basse et haute, ni des intervalles de confiance ni la dispersion de pommes de terre vendues en magasin. Des méthodes plus sensibles pourraient réduire l’écart.
Voilà pourquoi l’explorateur refuse parfois de classer deux aliments. L’incertitude vient de la mesure, pas d’une panne de la calculatrice.
Quelle est la variabilité entre échantillons ?
Une moyenne ne dit rien, à elle seule, de la dispersion des mesures. Dans les 44 échantillons composites FDA, les 80 % centraux des concentrations de cadmium se situaient approximativement entre 100 et 368 microgrammes par kilogramme pour les épinards crus et 25 et 64 pour les pommes de terre au four avec la peau.
Mais le mot échantillon composite est essentiel. Pour les aliments collectés régionalement, la FDA peut réunir des achats effectués dans trois villes en un seul échantillon de laboratoire. L’étude allemande MEAL travaille elle aussi sur des échantillons regroupés. Cela aide à estimer la composition moyenne du régime alimentaire, mais peut atténuer les valeurs extrêmes des produits vendus individuellement.
Ces plages décrivent donc les échantillons composites analysés. Elles ne donnent pas la probabilité que votre prochain sachet d’épinards ou de pommes de terre présente telle concentration. Un intervalle de confiance d’une moyenne de laboratoire, s’il était disponible, répondrait à une autre question que la variation entre produits du commerce.
Pourquoi nous avons abandonné le classement des pays
Nous étions à deux doigts de publier un autre graphique : Dans quel pays les aliments contiennent-ils le plus de cadmium ? Les données semblaient prometteuses. L’étude allemande BfR MEAL avait analysé 356 aliments préparés. Nous y avons ajouté les données de surveillance du Danemark et des Pays-Bas ainsi qu’environ 455 000 lignes de synthèses EFSA sur la consommation alimentaire, que nous avons examinées.
Puis nous avons posé la question décisive : quelle part de l’alimentation déclarée pouvions-nous relier directement aux mesures de contaminants ? Pour le cadmium, les aliments appariés ne couvraient qu’environ 11 % de la masse totale consommée dans un sous-échantillon néerlandais d’adultes et 12 % au Danemark. Les 88 à 89 % restants correspondaient à des quantités consommées sans mesure correspondante, pas à des aliments dont l’innocuité aurait été démontrée.
Notre classement par pays n’avait donc plus de fondement. Les différences de définition des aliments, d’année de collecte et de plan d’échantillonnage rendaient même les données restantes difficiles à comparer : échantillons composites en magasin, contrôles ciblés et produits prélevés dans la chaîne d’approvisionnement se côtoyaient. Au lieu de combler les vides par des hypothèses, nous avons gardé les marchés de surveillance séparés dans l’explorateur.
Et si vous mangiez cette pomme de terre tous les jours ?
Une quantité par portion n’est pas une exposition de longue durée. Le cadmium peut s’accumuler dans l’organisme pendant des années, notamment dans les reins. Un repas isolé ne permet donc pas d’évaluer l’exposition cumulée.
Prenons le cadmium. L’EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 microgrammes par kilogramme de poids corporel . Pour un adulte de 70 kg, cela représente 175 microgrammes sur toute une semaine pour l’ensemble de l’alimentation. Notre portion modélisée de 285 g de pomme de terre au four apporte environ 12,9 µg. Si l’on consommait cette portion chaque jour, elle représenterait à elle seule environ 90 µg par semaine, soit 52 % de cette référence hebdomadaire, sans compter les autres aliments. Ce scénario suppose une consommation quotidienne ; il ne mesure pas la fréquence réelle des repas. L’explorateur compare les quantités modélisées dans des portions isolées, pas l’ensemble des repas ou l’exposition hebdomadaire.
Références d’exposition et situations particulières · nickel, plomb et risque alimentaire
N’écartez pas un aliment nutritif simplement parce qu’une valeur de contaminant paraît élevée. Vérifiez d’abord si le chiffre concerne un kilogramme, une portion ou des consommations répétées, ainsi que la forme chimique mesurée.
Une exception importante concerne les personnes présentant une sensibilisation au nickel. L’ évaluation du nickel par l’EFSA en 2020 retient une dose journalière tolérable de 13 µg/kg de poids corporel pour l’exposition chronique, tout en signalant le risque de dermatite systémique de contact aiguë après ingestion chez les personnes sensibilisées. L’explorateur montre des quantités ; il ne prédit pas les réactions aiguës chez ces personnes.
Les conseils gagnent à être ciblés, plutôt que généraux. Pour le poisson, suivez les recommandations propres à chaque espèce, plutôt que d’abandonner tous les produits de la mer. Si le riz constitue un aliment de base, alternez les céréales, surtout chez les jeunes enfants. Et devant un titre alarmant sur les contaminants, demandez-vous s’il décrit une concentration par kilogramme, une quantité par portion réaliste ou une estimation de l’exposition répétée dans le temps.
Pour le plomb, exprimer l’apport en pourcentage d’un seuil hebdomadaire sans risque serait trompeur : aucune exposition sans danger n’a été établie. La FDA utilise néanmoins des valeurs de référence provisoires de 2,2 µg par jour pour les enfants et 8,8 µg par jour pour les femmes en âge de procréer. Elles servent à gérer l’exposition ; elles ne garantissent pas l’absence d’effet nocif et ne constituent pas non plus une dose sûre pour tous les adultes. Pour l’arsenic, la forme chimique compte ; pour le mercure, l’espèce de poisson et la période de la vie. Un indice universel de risque masquerait ces différences.
La question qui demeure
Notre enquête a commencé avec une pomme de terre et une poignée d’épinards. Elle nous a conduits aux différentes formes de l’arsenic, aux valeurs cachées sous les limites de détection et à un classement des pays que nous ne pouvions pas justifier. La difficulté n’était pas de trouver des chiffres, mais de déterminer ce qu’ils autorisaient réellement à conclure.
L’Atlas peut montrer où les quantités mesurées diffèrent. Il est tout aussi utile lorsqu’il montre que les données ne permettent pas de trancher. Avant de déclarer un aliment meilleur ou pire, posez-vous cette question : Qu’a-t-on mesuré, sous quelle forme chimique et pour quelle quantité d’aliment ?
Méthodes de recherche, sources, limites et téléchargements
Pour Food Market Atlas v1.0, Mike’s Balance a rapproché des données publiques de laboratoire et de consommation. Pour les États-Unis, les concentrations viennent principalement de la FDA Total Diet Study (années d’enquête 2018–2022); les portions observées aux États-Unis proviennent de NHANES. Les mesures européennes comprennent l’ étude BfR MEAL, les données de surveillance du Danemark et les données de surveillance des Pays-Bas; les données de consommation européennes proviennent de la base de données complète de l’EFSA . La base de l’Atlas compte 3 990 profils « marché–aliment–contaminant » ; l’explorateur élargi réunit 9 248 profils dérivés « aliment–analyte ». Ces chiffres ne représentent pas 9 248 échantillons de laboratoire indépendants ou des risques sanitaires différents. Les notes de traitement signalent les recalculs, les correspondances entre sources et les vérifications encore nécessaires, non des défauts établis dans le contrôle qualité des laboratoires publics.
Les estimations par portion multiplient les concentrations moyennes mesurées en laboratoire par les portions médianes observées chez les personnes qui avaient consommé l’aliment le jour de l’enquête. Ce ne sont ni des estimations de l’exposition quotidienne moyenne de la population, ni des mesures de la consommation habituelle à long terme, ni une prédiction de ce qu’apporte un achat précis, ni un classement des risques alimentaires. Pour les données censurées à gauche, la borne basse suppose zéro et la borne haute retient la limite de déclaration ; aucune de ces hypothèses ne prétend que la concentration réelle est exactement nulle ou égale à la limite. Les percentiles se rapportent, selon le cas, à des échantillons regroupés ou composites. L’absence de mesure ne signifie pas qu’un aliment est exempt de contaminants.
Le jeu de données complet Food Market Atlas (JSON : 943 aliments et 9 248 profils dérivés) est accessible au public, de même que les conditions d’utilisation et les consignes de citation. L’explorateur propose également un export tabulaire des données dérivées, un dictionnaire de variables et le code JavaScript actuel servant à l’affichage et aux calculs. On peut ainsi vérifier les quantités et les formules présentées. En revanche, les fichiers individuels des laboratoires et le code amont de nettoyage et de correspondance des aliments ne sont pas fournis. Une reproduction indépendante et complète de cette étape reste à réaliser.
L’auteur possède une expérience en instrumentation et en analyse quantitative qui guide le traitement des limites de détection, des regroupements et de l’incertitude. Elle ne remplace pas une formation spécialisée en toxicologie. Aucune relecture indépendante par des toxicologues n’a encore été menée.
Derrière l’Atlas : la recherche que l’article ne pouvait pas raconter
Entre les rayons du supermarché et notre comparaison entre pommes de terre et épinards, le parcours a été moins simple que ne le laisse supposer l’article. Nous avons étudié plusieurs systèmes de surveillance alimentaire et enquêtes nutritionnelles, y compris des questions auxquelles les données n’ont finalement pas permis de répondre.
Données américaines. Nous avons recalculé les synthèses d’environ 110 000 mesures FDA portant sur 308 aliments.
Allemagne. L’étude BfR MEAL a porté sur 356 aliments préparés. Ses résultats principaux reposaient sur 869 échantillons composites issus de 13 552 échantillons individuels. Nous avons reconstitué 1 424 synthèses aliment–métal. Ces regroupements sont utiles pour les moyennes, mais un échantillon composite ne représente pas un produit particulier pris dans un rayon de supermarché.
Surveillance européenne. Nous avons ajouté des données de présence des contaminants au Danemark et aux Pays-Bas, tout en conservant le marché d’origine et la description des sources. Certains ensembles résultent de contrôles ciblés ou de prélèvements dans la chaîne d’approvisionnement, non d’un panier de supermarché représentatif. Ces données issues de quatre marchés ne permettent pas de classer les pays selon la sécurité sanitaire de leurs aliments.
Le calcul que nous avons refusé de publier. Nous avons examiné environ 455 000 lignes de synthèses EFSA sur la consommation dans 28 pays, dont huit sous-échantillons d’enquêtes auprès des adultes au Danemark, aux Pays-Bas et en Finlande. Un appariement plus strict a produit 659 correspondances possibles aliment–analyte. Pour le cadmium, les aliments directement appariés ne représentaient qu’environ 12 % de la masse consommée au Danemark et 11 % aux Pays-Bas. C’est beaucoup trop peu pour une estimation complète de l’exposition nationale. Plutôt que d’inventer la dose manquante, nous avons abandonné le classement des pays.
Pistes de recherche supplémentaires. NHANES fournit des portions observées les jours de consommation, mais pas la fréquence à laquelle chaque individu mange ces aliments. Nous avons aussi exploré les détections de pesticides et l’activité des radionucléides : la fréquence de détection d’un pesticide ne mesure pas sa toxicité, et une activité exprimée en becquerels ne se combine pas avec des masses de métaux en microgrammes dans un même classement.
Ce que les lecteurs peuvent vérifier eux-mêmes. L’Atlas interrogeable comprend 943 entrées alimentaires et 9 248 profils dérivés aliment–analyte. Les données agrégées, un dictionnaire de variables et le code de calcul sont téléchargeables. Les comptes rendus de laboratoire d’origine, tout le code de nettoyage et une table de correspondance vérifiée indépendamment pour toutes les sources n’en font pas partie. Certaines correspondances restent provisoires ; aucune relecture toxicologique indépendante n’a encore eu lieu.
Pour aller plus loin : EFSA sur l’arsenic inorganique, EFSA sur le cadmium, FDA sur le plomb et les valeurs de référence provisoires, et conseils FDA/EPA sur la consommation de poisson.